L’industrie pharmaceutique candidate à l’optimisation des systèmes de soin

Propos recueillis par la rédaction de Questions de transformation- 03 septembre 2020

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Arnaud Laferté
Associé EY stratégie Life Sciences
Malgré les écarts de demande très importants sur certains produits liés au Covid-19 ou aux soins d'urgence, les laboratoires pharmaceutiques ont continué à livrer les médicaments. Les chiffres d'affaires ont en revanche baissé sur le segment des pathologies généralistes, sur les spécialités qui n'ont plus vu leurs patients pendant le confinement ou sur certains produits administrés exclusivement en environnement hospitalier. Les trésoreries ont été mises sous tension mais étaient souvent suffisantes pour traverser une crise à durée limitée. Cette industrie a également actionné beaucoup de leviers de responsabilité, notamment en limitant le recours à l'activité partielle. Les forces de vente, qui se sont retrouvées du jour au lendemain sans aucun accès aux personnels de santé, ont basculé leur activité sur la formation, la préparation de plans loco-régionaux (relatifs à toute une région du corps, ndlr) ou la mise en place de nouveaux moyens digitaux. Les laboratoires ont aussi mobilisé des moyens très impressionnants dans la recherche d'un vaccin, dans une logique non mercantile et en faisant preuve d'une grande agilité.

L'impact sur les ventes à moyen et long terme ne sera cependant pas neutre. L'analyse des 20 plus importantes biopharma suggère en effet que leurs pertes sur les seuls produits à administration hospitalière pourraient excéder les 100 milliards de dollars cumulés à horizon 2024. À cet impact direct sur les ventes de produits déjà sur le marché s'ajoutera un impact retardé du fait des délais pris sur les essais cliniques, de la pause dans le recrutement des patients, de la réduction des visites de sites, des fermetures de sites, des délais de retour aux procédures standards... Sur les 621 essais de phase III en cours chez ces 20 mêmes sociétés, le retard de vente serait supérieur à 20 milliards de dollars à horizon 2024. Beaucoup de laboratoires tentent d'atténuer ce risque en développant de nouveaux modèles de virtualisation des essais cliniques.

Optimiser les interactions

Plus généralement, la crise a surtout mis en lumière ou renforcé des thématiques de transformation qui existaient déjà depuis plusieurs années dans l'industrie pharmaceutique. Le modèle d'interaction avec les professionnels de soin (médecins, infirmières, responsables de centres hospitaliers...) avait déjà commencé à évoluer vers des formes plus variées omnicanales, incluant une dimension digitale, pas seulement pour être dans un échange de bonnes pratiques médicales ou de promotion du médicament, mais aussi dans une dimension de service. La crise sanitaire a montré l'importance de faire évoluer plus rapidement les canaux d'engagement avec les professionnels de soin.

Les thématiques sur la sécurité de livraison du médicament et la souveraineté de la production sont aussi devenues plus visibles. Les réponses à apporter à la sous-traitance en Chine ou en Inde ne sont pas forcément évidentes à mettre en place et supposeraient de repenser les empreintes globale et nationale de la chaîne logistique. Il paraît par ailleurs difficile de réfléchir à la souveraineté sans lier la thématique de production à celle de l'innovation. Si les laboratoires font des efforts pour relocaliser ou conserver les maillons de production en France, les pouvoirs publics devront certainement proposer dans le même temps des gages de meilleure valorisation de l'innovation. À ce jour, de plus en plus de médicaments innovants ne sont simplement pas lancés sur le marché du fait des faibles prix nationaux et du risque économique correspondant. Face à ce risque de perte de chance pour les patients émergent de nouveaux modèles innovants de fixation des prix, où la valeur du produit est basée sur le résultat de santé (paiement au résultat, garantie de remboursement, prise en charge conditionnelle avec le développement de données probantes, continuité conditionnelle du traitement, paiement par abonnement, fondé sur la rente ou sur l'épidémiologie...). Ils seront plus que jamais d'actualité au moment où beaucoup de dépenses et d'évolutions sur les parcours de soin vont être engagées avec le Ségur de la santé.

Mieux valoriser l'innovation

Le support à l'innovation elle-même est un autre volet essentiel. La souveraineté de demain se joue sur l'aptitude nationale à développer les compétences et les capacités cliniques pour étudier les thérapies les plus avant-gardistes. Une politique volontariste du développement de l'attractivité du tissu français pour les essais cliniques (dispositions fiscales, simplifications réglementaires, communication...) paraît donc essentielle si la France veut rester un pays leader et souverain sur le long cours.
Toutes ces questions se posent alors que l'industrie pharmaceutique s'attelle à faire évoluer son modèle historique, basé sur la vente de médicaments, pour activer de nouveaux leviers le long du parcours de soin, avec un rôle de service et d'amélioration du résultat de santé dans son ensemble. Au cœur de la crise du Covid-19, l'industrie pharmaceutique était surtout attendue, par les professionnels de soin, sur son cœur d'activité historique, directement en lien avec le développement et la livraison au marché de médicaments. L'investissement fort des laboratoires sur les compétences nécessaires à l'optimisation concrète des parcours de soin représente assurément un potentiel en devenir, encore sous-exploité. La concrétisation de ce potentiel impliquerait un développement sensible de la confiance et d'une intégration plus forte de l'ensemble des acteurs publics et privés de l'écosystème de soin.
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