Quels nouveaux modèles face aux enjeux de la transition énergétique ?

Propos recueillis par la rédaction de Questions de transformation- 30 juin 2017

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Laurent Vitse
Associé EY
Piloter un réseau c'est comme maintenir le niveau d'eau dans une baignoire avec un gros robinet, le nucléaire, pleins de petits robinets au débit imprévisible, les énergies renouvelables et bien sûr, des évacuations dont on connaît plus ou moins bien de manière statistique le comportement : les consommateurs. Dans les cinq ans à venir, le déploiement des compteurs intelligents va changer la donne avec le suivi individuel des consommations en temps réel et autoriser une nouvelle perspective dans la convergence d'une production plus décentralisée et erratique et d'une consommation optimisée. Ce sera aussi, avec la data, l'arrivée de nouveaux services qui puiseront dans cette nouvelle richesse. Ainsi, la transition énergétique pose la question du modèle régulé actuel dans une ubérisation généralisée de l'économie. Dans le modèle actuel, les infrastructures sont dimensionnées pour faire face aux pics de consommation et assurer une disponibilité du service en toutes circonstances, une coupure d'électricité en France est impensable ! Le modèle ubérisé va chercher à vendre la disponibilité des infrastructures ou l'information qu'elles génèrent. Le déploiement des compteurs intelligents et la connaissance de la production décentralisée associée demain à la blockchain peuvent bouleverser le modèle économique et de société.
Qui est aujourd'hui le mieux à même de révéler ce potentiel ? Celui qui collecte ces données et, pour l'instant, les distributeurs. En France, c'est Enedis. Or les distributeurs fonctionnent avec un modèle économique régulé. Leur tarif n'est pas défini par l'offre et la demande, mais par la rémunération de leurs capitaux investis. Ce modèle a fait ses preuves car il a autorisé la construction de réseaux qu'il faudra des dizaines d'années à amortir. Le tarif est ainsi défini sur un horizon de trois à cinq ans en assurant le remboursement des coûts d'exploitation et de l'amortissement des biens ainsi que la rémunération de l'actif net régulé (c'est-à-dire des infrastructures) avec un portefeuille clients captif. En un mot, plus ils investissent, plus leur performance financière s'améliore. C'est l'exact contraire des nouveaux « barbares » qui naissent de la transition énergétique et qui captent la valeur dans la disponibilité d'une infrastructure existante. Leur valeur ne se mesure surtout pas sur leurs pertes des premières années ni les investissements en infrastructure qui demeurent réduits, mais dans une offre de services nouveaux et l'acquisition d'une clientèle plus nombreuse.
Sans remettre en cause les bienfaits du modèle régulé, c'est de la responsabilité des régulateurs de favoriser un schéma qui soit aussi incitatif pour les distributeurs ! Ils doivent en effet accélérer leur appétit d'innovation et créer de la valeur avant ou avec leurs propres disrupteurs. Le modèle de demain a besoin de barbares de la nouvelle économie mais les acteurs historiques doivent être non seulement acteurs mais aussi bénéficiaires de la création de richesse car quoiqu'il arrive, in fine la facture sera payée par le consommateur.
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