VivaTech 2019: 10 pépites européennes

Le meilleur de Viva Technology 2019
VivaTech 2019: 10 pépites européennes
Viva Technology 2019, la grand-messe de l’innovation, vient de se tenir à Paris, porte de Versailles, du 16 au 18 mai. Une 4e édition marquée par les prises de parole d’Emmanuel Macron, Justin Trudeau, Jack Ma, président exécutif d’Alibaba, Ginni Rometty, CEO d’IBM, ou encore Ken Hu, vice-président de Huawei. Elle aura vu défiler 124 000 visiteurs de 125 pays, 13 000 startups et 3 300 investisseurs. Pour les startups internationales, Paris est bel et bien devenu un hub européen incontournable !

10 pépites européennes

Seules 11 % des licornes, ces startups valorisées à plus de 1 milliard de dollars, sont européennes. Mais en trois ans, le nombre de baby-licornes (scale-up) made in Europe a explosé. VivaTech les mettait à l’honneur cette année avec le lancement du prix « Next European Unicorn Award ». Voici une sélection de 10 pépites européennes qui soulèvent l’enthousiasme, et certaines des millions.

Crédits photo : Virginie de Galzain, Antoine Doyen

Hjalmar Ståhlberg Nordegren, cofondateur de Karma

Tech for Good

Karma lutte contre le gaspillage alimentaire

Sandwiches, pâtisseries, légumes, plats préparés, articles de supermarché : l’application Karma permet de se procurer des denrées invendues qui auraient fini à la poubelle, dans un rayon de 100 mètres, à moitié prix.
Le business model ? Karma prélève une commission de 25 % sur chaque transaction. « Nous avons 600 000 utilisateurs réguliers, dans une cinquantaine de villes en Europe. Cela permet aussi du trafic additionnel pour les partenaires », précise Alexis Cohen, directeur général France.

La startup suédoise a levé 12 millions de dollars l’été dernier et a été saluée par Barack Obama.

Hjalmar Ståhlberg Nordegren, cofondateur de Karma

Sophie Serrero et Aron Kapshitzer, cofondateurs de 5th Dimension

Objets connectés

Des lunettes pour mieux entendre, avec 5th Dimension

Quand une professeure de philosophie et un designer industriel imaginent les lunettes du futur, cela donne ces lunettes connectées, qui permettent de répondre à un appel téléphonique et bientôt de sélectionner les sons environnants grâce à un circuit intégré dans la branche (37 grammes !). Une version développée avec les laboratoires de l’Inria, à Rennes. « Un transducteur tapote contre votre tempe et transmet le son directement à l’oreille interne », explique Sophie Serrero.

5th Dimension est passé par Station F et se projette sur le marché chinois.

Sophie Serrero et Aron Kapshitzer, cofondateurs de 5th Dimension

Awais Shafique, cofondateur de Presize.ai

Retail

Presize vous aide à choisir la bonne taille

Imaginez quelqu’un qui vous connaît sous toutes les coutures, mieux qu’un tailleur sur mesure. Faites un petit tour devant votre smartphone, la startup allemande Presize vous scanne, élabore un modèle 3D de votre corps, en extrait vos mensurations et vous recommande les vêtements qu’il vous faut.

Awais Shafique vient de l’intelligence artificielle et du machine learning dans le domaine médical, il raconte : « Les renvois de vêtements engendrent des milliards de dollars de pertes chaque année, notre API apporte la solution. »

Awais Shafique, cofondateur de Presize.ai

Andrea Baldereschi, directeur marketing de Scribit

Robotique

Le robot artiste de Scribit

Avec 1,4 million d’euros levés sur Kickstarter, Scribit est un succès italien. Ce petit bijou technologique est un robot qui peint les murs et les efface, via une application. 100 exemplaires ont déjà été livrés.

« Dans le monde actuel, nous sommes submergés d’informations, constate Andrea Baldereschi. Tout vient à nous par les pixels, et disparaît en une seconde. Nous faisons l’inverse. Pour obtenir de la beauté, il faut du temps. »

Dès juin, les utilisateurs pourront dessiner leurs propres motifs.

Andrea Baldereschi, directeur marketing de Scribit

Daniel Dines, cofondateur de UiPath

Intelligence artificielle

UiPath automatise les tâches inutiles

Selon UiPath, 80 % des tâches liées à la gestion de projet seront éliminées d’ici 2030.

Ils étaient 7 il y a 4 ans. Ils sont désormais plus de 3 000. La société UiPath est valorisée à 7 milliards de dollars. Une vraie licorne ! Elle a quitté la Roumanie pour New York. Daniel Dines compare la solution à la voiture autonome : « Les gens répètent les mêmes process chaque jour : payer les factures, entrer un client, changer son adresse… Notre robot apprend, puis utilise l’interface tout seul. »

UiPath s’adresse au secteur bancaire et financier.

Daniel Dines, cofondateur de UiPath

Ignasi Capellà, cofondateur de Broomx

Réalité virtuelle

Broomx et son projecteur féerique

Comment la technologie peut-elle transformer l’espace ? C’est la question à l’origine du projet espagnol Broomx.

« La réalité virtuelle a connu un gros boom en 2016, se souvient Ignasi Capellà. Nous avons voulu créer un produit scalable, plug and play, qui permette de la partager à plusieurs.» Pas besoin de casque, le projecteur de Broomx est utilisé par les hôtels, les parcs d’attractions et les hôpitaux.

Au Canada, une étude est menée auprès de patients à qui on projette des paysages relaxants avant leur opération.

Ignasi Capellà, cofondateur de Broomx

Antoine Hubert, fondateur d’Ynsect

Agroalimentaire

Ynsect nourrit les animaux de compagnie

Les croquettes d’insectes, une nouvelle opportunité pour les chats ? Antoine Hubert, ingénieur agronome, résume : « Ynsect élève des insectes, en particulier des scarabées, pour les transformer en aliments haut de gamme pour nourrir les animaux et fertiliser les plantes. »

Les protéines des insectes sont facilement digérables par les animaux domestiques ou de ferme. Les déjections, elles, sont un excellent engrais.

Depuis 2011, Ynsect a levé près de 200 millions d’euros. Prochain objectif pour la startup française qui a reçu la visite d’Emmanuel Macron à VivaTech : essaimer dans le reste du monde.

Antoine Hubert, fondateur d’Ynsect

Luc Dudler, cofondateur de Jobpal

RH

Le chatbot de l'emploi, avec Jobpal

Jobpal, startup berlinoise, aide les entreprises à mieux recruter grâce au chatbot, petit logiciel conversationnel. Il s’adapte à n’importe quel système de messagerie : Facebook, LinkedIn, WeChat, WhatsApp…

« La hype chatbot a commencé en 2016. Avec le recrutement, nous sommes sur une niche, avoue Luc Dudler. Nous sommes en contact avec des centaines de milliers de talents et nous aidons les entreprises à rester en contact avec eux. »

Les clients ? De grands groupes en Europe, au Royaume-Uni, en Chine…

Luc Dudler, cofondateur de Jobpal

Stefan Vadocz, CCO d’AeroMobil

Mobilité

La voiture volante d'AeroMobil

La voiture volante, AeroMobil et la Slovaquie y croient. Deux amis d’université ont commencé à travailler ce véhicule convertible, en 2010. Il en faut des certifications, notamment auprès de l’European Union Aviation Safety Agency. Un prototype va être envoyé en test de vol cette année pour une mise sur le marché de 500 exemplaires en 2021.

Son prix : entre 1,2 et 1,5 million d’euros. « Elle peut être utilisée comme une voiture ou un avion, résume Stefan Vadocz, et va permettre de connecter des points géographiques plus rapidement. »

Stefan Vadocz, CCO d’AeroMobil

Pierre Dubuc, cofondateur d’OpenClassrooms

Tech for Good

Changer de carrière, avec OpenClassrooms

OpenClassrooms est une école en ligne qui forme sur des secteurs qui embauchent, et garantit un emploi à la sortie.

La startup française a remporté le prix « Tech for Good » et le grand prix du « Next European Unicorn Award » à VivaTech. « Nous sommes très fiers, réagit Pierre Dubuc, cela va permettre de faire connaître la marque à l’international.

Mais la vraie finalité, c’est notre mission : les changements de vie d’employés de supermarché qui deviennent data analyst ou chef de projet ! Ces histoires nous font encore plus vibrer qu’un grand prix. »

Pierre Dubuc, cofondateur d’OpenClassrooms

Carlos Moedas

Commissaire européen
en charge de la Recherche,
de la Science et de l’Innovation

Carlos Moedas - Commissaire européen en charge de la Recherche, de la Science et de l’Innovation

« Il est extrêmement important pour l’Union européenne de reconnaître le travail des femmes dans la technologie »

La Commission européenne a présenté à VivaTech 2019 ses mesures pour booster l’innovation technologique en Europe : adaptation des règles de concurrence, programmes d’investissements et création d’un Conseil européen de l’innovation. Rencontre avec le Commissaire européen Carlos Moedas.

Qu’est-ce que VivaTech apporte aux startups européennes face à la concurrence des États-Unis et de la Chine ?

Carlos Moedas - Être ici à VivaTech, avec tous ces entrepreneurs, est très rafraîchissant. Selon moi, nous n’avons rien à craindre d’autres parties du monde. Les startups européennes vont très bien. Regardez la quantité de gens qui créent leur entreprise et innovent en Europe, il y en a autant qu’ailleurs. Parfois, les entrepreneurs n’arrivent pas à faire grandir leur startup en Europe, et là, c’est un problème de scale-up. C’est pour cela que pour les Européens, Viva Tech est un événement d’une grande importance.

Comment l’Union européenne peut-elle favoriser l’attractivité de l’écosystème européen ?

C. M. – En Europe, nous avons énormément d’idées et des talents incroyables. Cette jeunesse est très européenne, même si elle ne le sait pas. Les politiciens ont bien compris le potentiel de cette jeunesse. Pour que les entreprises puissent réussir, il faut faire tomber les barrières. Les entrepreneurs ne se plaignent pas qu’il y a trop d’Europe, mais qu’il y a trop de barrières entre les pays. Il est difficile pour un entrepreneur aujourd’hui de monter une entreprise en France et ensuite d’aller l’implanter en Espagne et au Portugal. L’Europe sera toujours une Europe des pays, mais les problèmes se résoudront au niveau européen. Je suis un grand admirateur de Maurice Lévy, quand on voit sa vision pour le futur, cela ne peut que nous inspirer.

Vous venez de remettre le prix européen des « femmes innovatrices ». Quel est le rôle des femmes dans « la tech » ?

C. M. – Je relisais récemment l’histoire d’Hedy Lamarr, une grande star hollywoodienne des années 40, qui a tourné notamment avec Clark Gable. Les gens pensaient d’elle qu’elle était une bonne actrice, et très belle. Mais l’on sait moins qu’elle était une innovatrice et une scientifique. Elle a découvert ce qui est à l’origine du Wi-Fi et du Bluetooth. Il est extrêmement important de reconnaître le travail des femmes dans la technologie pour qu’elles puissent devenir « role models ». L’idée, c’est que les femmes les plus seniors puissent aider les femmes les plus jeunes à développer leurs projets, en tant que mentors.

Je viens de remettre trois prix de 100 000 euros : à Irina Borodina, Lituanienne qui a monté son business biotech au Danemark et propose une alternative aux pesticides à base de phéromones, à Martine Caroff, Française spécialiste des endotoxines bactériennes avec des applications dans les vaccins et la lutte contre le cancer, et à Shimrit Perko-Finkel, Israélienne créatrice d’un béton bio. Elle a l’habitude de dire qu’elle a développé un ciment dans lequel les plantes peuvent croître ! Enfin, nous avons récompensé une jeune « étoile montante », Michela Puddu, une Italienne qui a développé un système de traçabilité des produits. Il vous permet de savoir si votre pantalon ou votre veste vient d’un endroit où les ouvriers sont exploités.

Est-ce le type de réussite que vous souhaitez à vos enfants ?

C. M. – J’ai deux filles et un garçon. Quand on leur donne des conseils, les enfants ne les acceptent pas ! Mais je rêve que mes deux filles aient les mêmes opportunités que mon fils. À l’université, il y a l’illusion que les chances sont les mêmes. Mais beaucoup de résistances vont survenir au long de leur carrière. Il faut faire tomber ces barrières.

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