Le meilleur de Viva Technology 2018

Le meilleur de Viva Technology 2018
Les 24, 25 et 26 mai, le futur s'écrivait Porte de Versailles sous les yeux de 100 000 personnes venant de 125 pays. Vivatech 2018 a rassemblé 9000 startups, des dizaines de grands groupes, et montré l'ébullition de l'Afrique des startups. Sur scène, se sont succédés, Mark Zuckerberg, Ginni Rometty, CEO d'IBM, Satya Nadella, CEO de Microsoft, Bernard Arnault, Maurice Levy... De quoi conforter la place de Paris sur le radar de l'innovation !

Quand les associés d'EY scrutent la transformation digitale

À l’abri du brouhaha permanent des travées encombrées de Vivatech, dans le calme du salon VIP, associés et partners EY tenaient des conférences courtes et ciblées. Retour en images sur sept secteurs en pleine transformation. Enjeux, et réponses.

Energie

Vers un éclatement de l’énergie

Le secteur de l’énergie se trouve à la confluence de deux révolutions : d’une part, la sienne, qui touche les modes d’approvisionnement, de transport et de production de l’énergie, et d’autre part celle de l’économie dans son ensemble.

« On part d’un modèle très centralisé pour aller vers un modèle de plus en plus éclaté, analyse Jérémie Haddad, partner EY. On observe déjà des exemples de microgrids qui produisent et échangent leur propre énergie, comme au quartier Confluence, à Lyon. Ces innovations disruptent toute notre conception de la vente d’énergie. »

Jérémie Haddad, associé EY

Retail

Dans le retail, le salut viendra de l'écosystème

Le secteur du retail vit une profonde mutation et il ne suffit pas d’innover pour y survivre.

Borders Group a bien essayé de réinventer ses magasins aux États-Unis. Il a aujourd’hui disparu, concurrencé par Amazon sur la vente de livres et de musique.

« Pour suivre cette transformation, nous devons travailler avec de nombreuses startups innovantes et pertinentes, dans le marketing, la supply chain, le packaging… », explique Fabien Bouskila, partner EY.

Fabien Bouskila, associé EY

Smart manufacturing

Les startups à l’usine

Les usines de demain vont se transformer, non pas seulement sous l’effet des grands groupes, mais aussi et surtout des startups.

Les process, la formation continue des équipes, la résilience des actifs, la supply chain, la “servitization”… autant d’axes où de jeunes pousses se nichent.

« Citons par exemple Diota, qui a développé des solutions de réalité augmentée pour assister les techniciens, ou encore Arylla, qui a créé une encre invisible mais scannable pour identifier les produits et lutter contre la contrefaçon », expose Vincent Boutteau, partner EY-Parthenon.

Vincent Boutteau, Stephan Bindner et Olivier Lluansi, associés EY-Parthenon

Healthcare

Dans la santé, l’union fait la force

Sous l’effet de la technologie, et particulièrement des data, les rapports de force entre les acteurs de la santé changent totalement.

Les laboratoires sont concurrencés par de nouveaux entrants venus de la tech, du retail, de l’assurance, tandis que les payeurs institutionnels et les patients augmentent leurs exigences de résultat, de suivi et d’efficacité.

« J’ai une certitude : aucun acteur ne peut plus continuer seul pour trouver sa place, ni dans la chaîne de valeur ni dans le parcours de soin, affirme Alexandre Delhay, senior manager chez EY-Parthenon. Il nous faut construire des écosystèmes à plusieurs. »

Alexandre Delhay, senior manager EY-Parthenon

Govtech

Les administrations à l’école de la tech

Le président de la République l’a exigé : toutes les administrations doivent se transformer et maîtriser la robotique, l’IA et la numérisation de leurs données.

Or, « on observe tous les cas de figure selon les services, explique Hervé de la Chapelle, partner EY. Parfois, les fonctionnaires développent eux-mêmes leurs propres outils, comme ce gendarme qui a codé une application de cartographie. Mais d’autres échouent totalement. »

Guéric Jacquet, associé EY, ajoute : « Nous les mettons en contact avec des startups, comme Vooter qui aide le Grand Poitiers à consulter ses habitants. »

Hervé de la Chapelle et Guéric Jacquet, associés EY

Fintech

L’IA dans la finance, une révolution culturelle

Intégrer l’IA dans la finance repose plutôt sur une révolution culturelle que technologique.

« Il faudra par exemple accepter une nouvelle adéquation de ressources, expose Alain Clot, président de l’association France Fintech et Senior Advisor EY. Car aujourd’hui, l’IA est un peu L’Arlésienne de la finance : on l’attend toujours. »

Philippe Limantour, Chief Innovation Officer au sein du département Financial Services, complète : « Avec l’IA, nous pourrons par exemple traquer plus efficacement les fraudeurs. »

En attendant, les acteurs classiques subissent la concurrence des GAFA, mieux outillés pour « leverager » le Big Data et qui acquièrent des clients à un coût bien moindre.

Philippe Limantour, EY

Neo-Bank

En banque, la confiance avant tout

L’open banking change fondamentalement la relation avec le client. Non seulement ses données s’échangent et deviennent un actif, mais cette révolution soulève de nouvelles questions sur la sécurité, sur la gestion de son argent, sur ses emprunts.

« Pour moi, la séparation est artificielle entre un service d’achat sur Internet et un service de paiement, analyse Hamish Thomas, head of Open Banking, and Payments Leader.
Nous allons bâtir des écosystèmes complets de services et instaurer une nouvelle conversation avec les clients, comme l’a fait Alibaba avec Alipay. Mais le plus important, comme toujours dans les banques, restera de préserver la confiance des gens. »

Hamish Thomas, associé EY

Jean-Pierre Letartre

président d’EY en France

Crédit photo : Virginie de Galzain

« Les entrepreneurs devraient être les héros du territoire »

Voilà vingt-cinq ans que Jean-Pierre Letartre observe, ausculte et promeut l’entrepreneuriat en France. Au fil des ans, des livres et des événements, il a participé à l'incorporation des enjeux des startups dans la réflexion globale d'EY. Retour sur un quart de siècle de transformations avec un témoin privilégié, qui ne manque pas d’avis sur l’avenir.

Aujourd’hui, vous êtes présent à VivaTech, mais qu’est-ce qui vous a intéressé dans l’entrepreneuriat avant qu’il ne devienne une tendance ?

Mes associés et moi-même pensions que l’entrepreneuriat ferait bouger l’économie. Mais nous partions de très loin. Je répète souvent cette anecdote : il y a 25 ans, quand nous avons créé le Prix de l’entrepreneur de l’année, des associés d’Ernst & Young me demandaient si on créait un prix pour les entreprises de BTP. Il y a 25 ans, quand on pensait « entrepreneur », on pensait forcément à une entreprise dans le bâtiment. En 2006, nous avons publié le livre L’ambition de grandir, paroles d’entrepreneurs pour nous demander pourquoi nous manquions d’entreprises moyennes en France. Nous avons posé la question à 200 patrons. Ils ont largement répondu : « Vous n’aimez pas ceux qui réussissent. Celui qui fait grandir son entreprise ne déclenche pas d’étincelle dans le regard de l’autre. » J’ai trouvé ça très vrai. Les entrepreneurs qui se développent devraient être les héros du territoire.

Comment poursuivre cette transformation de l’imaginaire sur l’entrepreneuriat français dans la tête de nos concitoyens et des étrangers ?

La France, peut être considérée comme une marque, comme l’Allemagne, l’Angleterre… Il faut insister sur nos atouts auprès des investisseurs. Nous bénéficions d’une belle force démographique, d’un bon marché, d’un bon niveau d’infrastructure, d’un bon niveau scientifique. Et nous disposons des grands groupes, leaders mondiaux, dans les secteurs clés pour l’avenir : se loger, se nourrir, se soigner, se déplacer… Pour le grand public, cette transformation passe par les messages de personnes publiques, comme le président de la République, par Business France, par les médias, mais aussi énormément par l’école. En 2006, dans notre livre, nous avions analysé les manuels d’économie du secondaire. On y parlait très peu d’entreprises et beaucoup de macroéconomie. Et les deux ou trois pages sur l’entreprise reprenaient, par exemple, comme illustration, l’affiche du film La Firme, où Tom Cruise joue le rôle d’un grand méchant capitaliste… C’était caricatural.

VivaTech célèbre les alliances entre grands groupes et startups. Que fait EY pour favoriser ces rapprochements ?

Nous encourageons nos clients à travailler avec des startups quand c’est pertinent, et nous les mettons en contact. Mais nous travaillons également sur nous-mêmes. Nous avons réalisé l’acquisition de la startup CogniStreamer, début 2017, spécialisée dans l’open innovation, une compétence de plus que nous proposons à nos clients. Nous avons aussi racheté Bluestone Consulting en 2015, qui conseille les entreprises en data science. Nous avons recruté dans le domaine de la cybersécurité. Nous avons mis en place un lab pour expérimenter de nouvelles manières de travailler dans le conseil et l’audit. Nous transformons nos offres dans tous nos métiers. Car tous sont concernés. Il faut toujours rester vigilant, car personne n’est jamais à l’abri de se faire dépasser par la révolution technologique en cours, qui touche tous les espaces de la vie des personnes et qui se déploie extrêmement rapidement.

Que doit-on faire pour que cette révolution technologique reste vertueuse ?

Il faut que les acteurs privés et publics décident de règles de fonctionnement pour le bien global de l’humanité. Je suis tout à fait favorable à la mise en place d’un cadre de régulation, car à défaut, on court un vrai risque sur la protection de la vie privée, sur l’absence d’autodétermination, sur la fin du sens critique. Nous ne devons pas suivre aveuglément les recommandations d’algorithmes. Toute innovation peut conduire au meilleur comme au pire. Mais la question qui se pose surtout est celle des opportunités offertes par ces nouvelles technologies. Auparavant, la machine a soulagé le corps, lui épargnant des efforts. Aujourd’hui, elle nous décharge d'une grande partie du travail intellectuel. Que va-t-on faire de ce temps de cerveau disponible ? Je pense que cette technologie peut amener plus de relations humaines, plus d’émotions et aussi plus d’affectif. C’est cela qui va compter. Le reste, la machine le fera ou l’intelligence artificielle dira comment faire. Je suis très optimiste sur l’avenir.

Crédit photo : Virginie de Galzain

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