« Experience Lab construit et utilise déjà les technologies de demain »

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EY a lancé en décembre 2016 son EY Experience Lab, un espace de 600 m² dédié à l'innovation et à la production de services en analytics, cybersécurité et digital. Situé dans les locaux du groupe à La Défense, il partage et génère les technologies et les savoir-faire les plus innovants.

Pourquoi avoir ouvert un EY Experience Lab dans le siège du groupe à La Défense ?

Xavier de Boissieu - Depuis près de deux ans, notamment avec les derniers développements de l'intelligence artificielle ou de la « blockchain », le rythme de l'innovation s'est emballé. En parallèle, tous les métiers sont impactés par la transformation digitale. Pour maîtriser les implications technologiques et scientifiques qui deviennent de plus en plus complexes, nous pensons qu'il est essentiel de consentir un effort important de R&D et d'incarner dans un lieu unique nos activités d'innovation dédiées à la transformation digitale de nos clients. Le Lab fédère les expertises d'EY dans un lieu de 600 m², que nous mettons à la disposition de nos clients et que nous utilisons aussi pour notre propre transformation digitale. Il a ses propres équipes à demeure - une soixantaine de personnes dédiées -, mais c'est aussi un lieu ouvert sur l'extérieur, qui sert d'incubateur de projets. Le Lab dispose d'infrastructures informatiques avec une grande capacité de stockage et de calcul en « big data », des infrastructures sécurisées et qualifiées PASSI (prestataires d'audit de la sécurité des systèmes d'information), des dispositifs de collaboration avec de nombreux écrans permettant de faire des démonstrations... Cela permet de développer de l'idéation, de la co-création, des expérimentations scientifiques et technologiques, mais également de déployer des outils et des projets en condition d'usage réel. Nos clients et nos experts peuvent par ailleurs s'isoler dans une salle de gestion de crise, par exemple pour monitorer à distance un système informatique qui aurait été attaqué.

Pourquoi avoir mis l'accent sur les trois domaines d'expertise de l'analytics, de la cybersécurité et du digital ?

X. de B. - Si on veut tirer parti des évolutions liées à la transformation digitale, il faut certes exploiter toute la technologie digitale, la notion d'expérience utilisateur et les interfaces, mais aussi bien maîtriser ces deux points essentiels que sont la sécurité et les algorithmes. Une véritable expertise dans ces domaines était donc essentielle, mais le Lab n'est pas porté que par ces aspects techniques et scientifiques. Il bénéficie de l'ensemble des compétences du groupe, à travers ses experts en audit et en conseil, ses avocats et ses spécialistes des transactions. Pour les questions qui touchent à l'analytics au service des ressources humaines, il faut souvent faire intervenir les avocats sur des aspects réglementaires ou sur le droit social. Nous sommes donc sur une double transversalité, qui allie la transformation des organisations de A à Z et une couverture métier très large. Dans un monde technique et scientifique où les frontières sont de plus en plus floues, beaucoup de nos experts ont aussi développé des compétences élargies. Pour utiliser les dernières avancées des technologies open source, nos mathématiciens ont appris à programmer. Les spécialistes de la « blockchain » doivent avoir des compétences en théorie des jeux, en mathématiques, en cryptographie, en développement... Dans ce domaine, nous avons aussi un économiste qui code. L'ensemble des équipes bénéficie de ce foisonnement intellectuel.

Qu'est-ce que l'EY Experience Lab apporte de différent par rapport aux nombreux Labs qui se créent ?

X. de B. - Le vocable « Lab » couvre beaucoup de notions : des showrooms technologiques, des espaces collaboratifs, des centres de recherche, des incubateurs de startups... Notre vocation principale est d'aller au plus profond des algorithmes et de la technologie en vue d'une application très concrète, très opérationnelle. Nous créons pour nos clients des solutions digitales à base d'intelligence artificielle et d'algorithmes. Quand nous n'identifions pas sur le marché les solutions nécessaires, nous développons nos propres algorithmes et nos propres outils. Nous mettons en œuvre un cycle d'innovation relativement classique, initié par une phase de Design Thinking et de prototypage. Si un prototype fonctionne, nous en faisons un outil que nous proposons au marché. Le Lab construit les technologies de demain pour les utiliser aujourd'hui. Notre offre complètement intégrée est aussi un axe de différenciation.

Comment s'articule-t-il par rapport aux autres Labs d'EY dans le monde ?

X. de B. - Nos équipes sont totalement connectées aux autres Labs du réseau mondial EY, qui ont chacun leur propre domaine d'expertise et sont donc complémentaires les uns des autres. Nous collaborons avec le Lab de New York sur des sujets comme la « blockchain ». Nous sommes notamment en relation étroite avec le Seren, situé à Londres, sur des questions d'expérience utilisateur. Pour l'analytics, nous travaillons avec le Lab de Madrid...

En quoi la co-création permet-elle de mieux faire émerger des solutions innovantes ?

X. de B. - En matière d'innovation, personne ne peut couvrir l'intégralité du spectre ou mesurer l'ensemble des enjeux. Il faut donc s'inscrire dans la co-création et avoir un dispositif tripartite entre les clients, nos experts métiers et nos experts sciences et technologie. Les idées naissent d'une méthodologie avérée. Une fois que le besoin et le concept ont émergé, nous passons à la phase de prototypage. La pertinence du prototype est toujours appréciée au regard d'une évaluation sur des données réelles, qu'il s'agisse de la data client ou de nos propres données. Nous avons testé sur les données EY ce qui a été réalisé sur les prototypes pour l'analytics des données de ressources humaines ou sur les dispositifs d'intelligence artificielle au service de l'optimisation des achats d'une entreprise. La co-création peut aussi impliquer des partenaires externes, qu'il s'agisse de startups ou de groupes plus institutionnels. Nous travaillons par exemple avec Météo France sur la mise en place d'outils et d'algorithmes pour la vente de produits ou la fréquentation de magasins, dès lors que les activités sont météo-sensibles.

Quels sont les premiers retours d'expérience depuis le lancement ?

X. de B. - Le projet en lui-même intéresse. Le Lab a généré beaucoup de discussions sur la manière de gérer la transformation numérique et de faire émerger les projets. Les présentations ont permis de montrer à nos clients les facettes des compétences d'EY et le niveau d'avancement du groupe dans les nouvelles technologies. Le lieu est très visité et vraiment utilisé pour des projets de co-création. Nous réussissons à assurer un bon rythme de développement sur les prototypes. Les outils qui y sont développés sont vendus. En interne, le fait de mutualiser et de fédérer les ressources fonctionne bien et facilite la communication entre les métiers sur des sujets techniques et scientifiques.
 
Bio express
 
Xavier de Boissieu, Associé EY, responsable d'EY Experience Lab
Diplômé de L'Ensae Paris Tech, Xavier de Boissieu est associé EY, responsable d'EY Experience Lab, lancé en décembre 2016. Il est cofondateur de la société Bluestone Consulting, cabinet-conseil en Big Data et en data science créé en 1997, dont il a été le directeur général jusqu'à son rachat par EY en octobre 2015.
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