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« Le Data Management est un enjeu de la performance globale de l'entreprise »

Entretien : - Associé EY

Publié le 08 mars 2018

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Les entreprises gagnent en maturité dans la gestion de leurs données et structurent leurs actions. Les investissements sur les sujets data s'intensifient et accompagnent la transformation des organisations. Les nouveaux modèles de Data Management permettent d'accroître l'efficacité opérationnelle, d'améliorer les connaissances métiers et de se conformer à un cadre réglementaire de plus en plus exigeant.

Pourquoi le Data Management est-il devenu un sujet fondamental dans la transformation des entreprises ?

Reda Gomery – Plusieurs facteurs ont contribué à faire émerger ce sujet. Les organisations se rendent compte que le volume de données est en train de croître de manière exponentielle. Elles prennent conscience de la nécessité de structurer les processus pour être en mesure de continuer à les maîtriser. Les progrès technologiques ont contribué à démocratiser les usages et à simplifier les circuits de remontées des données. À travers les nombreux tableaux de bord, la datavisualisation, etc., les données ne se retrouvent plus seulement sur les bureaux de quelques décideurs. Elles sont désormais à disposition d'un grand nombre d'utilisateurs qui n'avaient pas toujours l'habitude de les exploiter et qui doivent s'accoutumer à leurs usages. Le cadre réglementaire s'est aussi intensifié sous l'impulsion de règles qui favorisent un usage éthique de la donnée, comme le Règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD), des réglementations sectorielles, de tout ce qui touche à la traçabilité des risques, à la connaissance du client, à la lutte contre la fraude... Un autre aspect tient aux difficultés que les grands groupes ont rencontrées dans l'industrialisation de leurs expérimentations big data. Certains ont été freinés par des problèmes d'organisation ou par des architectures de données qui n'étaient pas suffisamment saines pour passer à une plus grande échelle.

Les entreprises de tous types sont-elles concernées par ces enjeux et en ont-elles conscience ?

R. G. – Les grandes entreprises ont naturellement pris conscience des enjeux. Dans les plus petites entreprises, le mouvement est en train de prendre. Beaucoup s'en emparent sous l'impulsion du régulateur et de la mise en conformité avec le RGPD, ou à travers les risques de fuite de données. Les dirigeants ont été d'autant plus sensibilisés que les sanctions financières et les risques de réputation sont importants. Quelle que soit leur taille, les organisations ont touché du doigt la nécessaire clarification des responsabilités et le besoin de maîtrise des données. Les entreprises ont souvent construit, au fil des ans, des silos de données. Il faut réussir à sortir de cette sédimentation pour amorcer la transformation des architectures, des processus et de l'organisation. C'est donc un mouvement très profond et protéiforme qu'il convient de mettre en œuvre pour bâtir de solides fondations.

Quels modèles opérationnels et organisationnels permettent une meilleure gestion de la donnée ?

R. G. – Transformer l'organisation autour de la donnée implique de tenir compte de la culture de l'entreprise, de son organisation, mais aussi de sa capacité à évoluer. Il faut réussir à créer une collaboration intense et réelle entre les métiers et la direction des services d'information (DSI). La « désiloïsation » passe par un travail collaboratif et par une gouvernance des données. Il s'agit notamment de formaliser les rôles, les responsabilités et les engagements. Dans cette perspective, différents rôles sont intéressants à considérer, notamment le Chief Data Officier, le Data Manager, le Data Owner... Dans les grandes organisations, on constate souvent que des collaborateurs s'étaient déjà engagés dans une meilleure gestion de la donnée, mais ils n'étaient pas toujours reconnus en tant que tels. Il faut leur donner plus de visibilité et plus de moyens sur ces initiatives.

Comment acculturer l'ensemble des équipes à cette nouvelle donne ?

R. G. – L'acculturation doit s'effectuer à deux niveaux. La notion de risque est un premier sujet. Chacun doit être pleinement conscient des risques qu'entraîne par exemple la perte d'une clé USB ou d'un ordinateur portable contenant des données de l'entreprise. Les collaborateurs doivent aussi être sensibilisés sur leur valeur et sur l'importance de leur gestion, depuis la saisie ou capture initiales, jusqu'à l'usage. Les différentes directions gèrent souvent des données assez proches à travers des myriades d'applications qui engendrent un coût très important. Pour qu'elles acceptent de partager les données en leur possession, il faut que leur perception de la valeur et des besoins soit commune. Le Data Management est un enjeu de la performance globale de l'entreprise. Ce sujet relève fondamentalement de la conduite du changement. Il implique une vision établie à un haut niveau dans l'entreprise, de la communication, des actions de formation, des échanges avec d'autres entreprises et des experts. Parfois, on peut mettre en place des incitations, mais l'effort de conviction doit primer.

Comment le cadre réglementaire intervient-il dans ce mouvement ?

R. G. – L'intensification ou la précision du cadre réglementaire est une tendance de fond, qui se retrouve au niveau international (mesures AML sur la lutte anti-blanchiment, par exemple), dans les réglementations sectorielles ou les textes communautaires comme le RGPD. Ce règlement, qui entre en vigueur le 25 mai prochain, implique de dresser une cartographie des données à caractère personnel, qu'il s'agisse de clients, de collaborateurs ou d'autres catégories. Pour dresser le contour de ce patrimoine, chaque organisation doit notamment appréhender les modes de collecte, de conservation, les finalités et les usages liés à ces données. La deuxième étape consiste à définir un mode de gouvernance de ce patrimoine. Quand ce travail de fond a été réalisé, la mise en conformité oriente l'entreprise vers l'amélioration de la gestion des risques. Le cadre réglementaire, souvent perçu comme une contrainte par les organisations, contribue à éveiller les consciences autour d'une gestion maîtrisée et cohérente de la data. Nous sommes au début d'une ère où les entreprises devront composer avec des régulations de plus en plus fréquences en matière de données. Il est fort probable que ce mouvement s'intensifie dans les prochaines années, compte tenu des mutations technologiques profondes que connaissent nos sociétés avec l'avènement des objets connectés (IoT) ou de l'intelligence artificielle.  

Quelles grandes orientations se dessinent pour les années à venir ?

R.G. – Les échanges de données entre organisations s'accélèrent dans un contexte marqué par les innovations technologiques : les cryptomonnaies, la « blockchain » ou l'IoT. Pendant longtemps, les entreprises collectaient et utilisaient la donnée pour leurs propres besoins. Aujourd'hui, beaucoup de données utiles pour l'entreprise se situent à l'extérieur de l'organisation. Les échanges entre les entreprises et ses partenaires ou clients vont s'intensifier dans les années à venir. Les questions autour de la propriété et de la responsabilité deviendront plus complexes. Cela ouvre d'ailleurs tout un pan de droit, avec des notions de propriété qui ne seront peut-être plus durables ou exclusives. Du point de vue de l'architecture des données, beaucoup d'entreprises ont compris l'intérêt de casser les silos et de concevoir de grands espaces fédérateurs à l'image des « Data Lakes ». Ces espaces vont devoir, de plus en plus, capturer des données internes et externes aux entreprises. Cette tendance devrait se renforcer sous l'effet des progrès en matière de traitement et de stockage des données. D'un point de vue marché, le Data Management est en train de s'imposer comme une discipline à part entière, fondée sur le triptyque « organisation, processus et architecture ». Cela amènera bien entendu les entreprises à acquérir et à développer les compétences désormais indispensables pour professionnaliser leur gestion des données.
 
BIO EXPRESS
 
Reda Gomery, Associé EY
Associé EY depuis novembre 2017, Reda Gomery est responsable Data Management. Fort d’une vingtaine d’années d’expérience en Data Analytics, son parcours professionnel l’a amené à occuper différentes fonctions dans le domaine du consulting au service de clients de différents secteurs d’activité. Il est notamment passé par Keyrus (2012-2014) en tant que directeur des Opérations, avant de rejoindre Deloitte comme associé, responsable des activités Data, BI & Analytics (2014-2017).
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