« Le monde entrepreneurial permet à chacun d’apporter sa pierre à l’édifice »

Propos recueillis par la rédaction de Questions de transformation - 16 septembre 2019

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La France compte désormais parmi les pays en pointe en matière d'entrepreneuriat, notamment grâce aux PME et ETI, qui sont les championnes des territoires. Ces entreprises concentrent déjà une part importante de l'innovation, de la croissance et de l'emploi. Tout concourt à développer encore leur attractivité pour les consommateurs, les collaborateurs et les investisseurs.

Le rapport de la France à l'entreprise a beaucoup évolué ces dernières années. En quoi le « métier d'entrepreneur » est-il devenu plus attractif ?

Guillaume Cornu – Les jeunes générations sont très attirées par la création d'entreprise et il n'y a pas que les startups qui attirent les talents. Les écoles ont multiplié les cursus qui favorisent l'entrepreneuriat, certaines entreprises encouragent l'intrapreneuriat... Au moment où on parle beaucoup de sens et de contribution, le monde entrepreneurial permet à chacun d'apporter sa pierre à l'édifice. Des structures comme les startups, les PME et les ETI sont probablement plus attirantes que les grands groupes, où l'on est souvent un élément lambda. Les entrepreneurs sont moins seuls que par le passé car les associations de partage se sont beaucoup multipliées et professionnalisées. Ils peuvent désormais partager leurs interrogations et bonnes pratiques, ou envisager des solutions dans des instances comme le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (METI), CroissancePlus, voire des réseaux plus techniques comme DFCG, qui rassemble les directeurs financiers et contrôleurs de gestion.

L'écosystème français permet-il de mieux accompagner les PME et ETI ?

G. C. – Aujourd'hui, tout le monde est focalisé sur le monde des entrepreneurs, des PME et des ETI, qui constituent une large part du tissu économique français et de l'innovation. C'est là que se situent les relais de croissance et les gisements d'emplois de demain. Comme les grands groupes, ces entreprises n'ont pas d'autre choix que d'investir pour innover, se développer et faire face à la mondialisation même si, pour une PME, s'internationaliser reste toujours un challenge. On n'a que 128 000 PME exportatrices en France, quand il y en a deux fois plus en Italie, et trois ou quatre fois plus en Allemagne. La sphère publique est intervenue à travers Bpifrance, qui offre aujourd'hui un grand nombre d'outils en investissements et en solutions de financements pour permettre le développement de l'entrepreneuriat et l'internationalisation des PME et ETI. Mais aussi via la loi Pacte (Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises), qui vise à faciliter l'internationalisation, la digitalisation et le financement des PME. Les banquiers, les conseils, les avocats s'organisent pour mieux servir les PME et ETI et les accompagner sur le long terme dans une relation de proximité et de confiance. Le monde du private equity offre une source de financement non négligeable, essentiellement destinée aux PME. Un nouvel écosystème se constitue à travers les family offices, créés par des entrepreneurs qui ont vendu leur entreprise et gèrent leur patrimoine en investissant avec une approche plus long terme que les fonds de private equity. Les territoires attirent de plus en plus les jeunes et les cadres, ce qui favorise le développement des PME et des ETI. Le mouvement est en train de s'accélérer. On est à la croisée des chemins. Il faut espérer que l'on reste dans une économie favorable et que ces entreprises parviennent à financer leur croissance en restant en France. 

Les PME et ETI ont-elles justement toutes les sources de financement nécessaires ?

G. C. – Les taux d'intérêt sont très bas, les sources de financement nombreuses et, depuis dix ans, les marges se déversent vers les investissements. Il n'y a plus de problème pour accéder au financement, en particulier pour les entreprises early stage. Cela reste plus compliqué quand il faut lever des sommes importantes, ce qui explique que les pépites françaises aillent parfois se coter au Nasdaq ou se vendent à des groupes étrangers. Nous manquons aussi en France de possibilités de sorties, pour que les investisseurs réalisent leur investissement, souvent pour réinvestir ailleurs.

Les consommateurs et collaborateurs attendent désormais que les entreprises s'engagement sur leur responsabilité sociétale (Brands for good). Les initiatives prises par quelques entrepreneurs pionniers sont-elles de nature à lancer un mouvement plus large ?

G. C. – Comme dans tout mouvement, certains entrepreneurs incarnent ces convictions, mais beaucoup d'entreprises de toutes tailles sont déjà très engagées sur leur responsabilité sociétale. On l'a vu lors du G7 avec la coalition Business for inclusive growth (B4IG), portée par Emmanuel Faber, PDG de Danone, dans laquelle 34 multinationales présentent des mesures concrètes pour que les fruits de la croissance économique soient plus largement partagés. Il y a l'équivalent aux Etats-Unis avec Business Roundtable, qui réunit les dirigeants de plus de 180 firmes américaines. Les fondations sont aussi très mobilisées sur ces sujets. Lors du Prix de l'Entrepreneur de l'année (décerné par EY, ndlr) le prix de l'engagement sociétal crée beaucoup de buzz. Sur les autres prix, les éléments d'engagement réel, qui apportent de la valeur au sein de l'entreprise et en dehors, ou pour l'environnement, entrent également en compte dans le choix des jurys. La loi Pacte a été moins loin que ce que certains espéraient sur les entreprises à mission ou l'inscription de la raison d'être de l'entreprise, qui est restée optionnelle. Pourtant, on voit que les choses évoluent, y compris au sein du Medef. De toute façon, tout le monde va être rattrapé car les jeunes générations ne parlent que de sujets autour de l'alimentation, de l'écologie, de l'environnement... Pour attirer les meilleurs talents, il faudra prendre en considération tous ces aspects. Les organisations mises en place dans les PME, beaucoup plus horizontales, collaboratives et responsabilisantes, conjuguées à un vrai engagement sociétal, peuvent aider à faire la différence !

La performance extra-financière se valorise-t-elle auprès des clients et des investisseurs ?

G. C. – Tous ces sujets sont aujourd'hui centraux pour le CAC 40 et sur le marché Euronext, pour des raisons de conformité aux obligations, mais aussi en raison des exigences des investisseurs. Depuis plusieurs années, c'est aussi une préoccupation importante du monde du private equity. Le poids des investissements socialement responsables (ISR) est de plus en plus prégnant et amène les entreprises à réagir. Quand certains fonds n'investissent plus que dans ce qui est socialement responsable, ne pas s'inscrire dans cette tendance amène à s'isoler de sources de financement et s'éloigner d'investisseurs puissants tels que BlackRock.

Quels autres aspects de la loi Pacte vous semblent-ils les plus intéressants pour dynamiser le tissu d'entreprises en France ?

G. C. – La loi Pacte est intéressante mais la plupart des mesures s'arrêtent à des entreprises de moins de 250 personnes. Il y a beaucoup de mesures pour favoriser les investissements dans les PME ou pour favoriser les transmissions, aider les sociétés à passer des seuils de nombre de salariés... Tout cela aura des impacts, mais surtout sur les PME. Il faudrait un Pacte+ pour les ETI.

À quels autres enjeux les entrepreneurs doivent-ils être attentifs pour faire face à un environnement en mutation permanente ?

G. C. – Il y a toujours une inquiétude sur le niveau de dette car, même si elle n'est pas chère, il faut un jour la rembourser. Les entrepreneurs doivent faire attention à ne pas être trop endettés pour pouvoir faire face à leurs échéances, d'autant que la situation peut se retourner très vite. La trésorerie, qui procure l'autonomie, l'indépendance et la liberté, est et restera toujours le nerf de la guerre. Dans un univers en transformation, il faut aussi être capable de se réinventer tout le temps pour garder ses collaborateurs, et de faire preuve d'innovation managériale, c'est-à-dire de changer l'organisation et les méthodes. Il faut donc veiller à se remettre en question en permanence et beaucoup écouter, notamment les jeunes. Les collaborations entre entreprises évoluent aussi. On parle plus en plus de « co-opérations » et de partenariats qui se créent, même entre concurrents. Il n'y a d'ailleurs pas d'autres choix par rapport à un monde digital qui évolue en permanence !



Crédit photos : Virginie de Galzain
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Emmanuelle Quilès

présidente-directrice générale de Janssen France (groupe Johnson & Johnson)
« Dans l’industrie pharmaceutique, l’innovation sauve des vies ! »
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